A la recherche de l’orgasme parfait

Voyons, faisons les comptes. C’est vers 20 ans que j’ai pris conscience que ce que je cherchais à travers la pornographie, c’était l’orgasme parfait.  J’en ai 41. Et à part quelques périodes de sobriété de quelques mois à 1 an et demi, quand je consomme du porno, c’est une, deux, voire trois à quatre fois par semaine que je m’y adonne. Chercher l’orgasme parfait, en m’excitant la nouille sur des contenus pornographiques, constitue un hobby prenant. Disons 6 heures par semaine. 52 semaines par an, pendant 20 ans. A la louche, cela fait donc :

52 x 20 x 6 = 6 240 heures, soit l’équivalent de 260 jours, à chercher l’orgasme parfait.

Si on retire les heures de dodo et de manger, on est en gros sur une année pleine.

J’ai passé une année pleine de ma vie à chercher l’orgasme parfait. Une année pleine à ne pas apprendre une langue étrangère, à ne pas travailler ma guitare, à ne pas me former à un emploi qui me plairait davantage. Une année pleine à ne pas rencontrer des femmes en vrai. Une année pleine de ma vie brûlée, pour rien.

Mais qu’est-ce que l’orgasme parfait ? Et bien je crois que c’est ce que nous autres pornophiles, (porno-addicts, pornophages, pervers, appelez ça comme vous voudrez) cherchons par notre consommation frénétique de contenus vidéos / photos/ tchat : un orgasme à s’en faire flamber le cerveau. Sinon, pourquoi passerions-nous tant de temps à fouiller parmi les millions de millions de contenus pornos, pour trouver LA vidéo ? Parce que parlons vrai, on peut gâcher un orgasme n’est-ce pas ? L’orgasme, c’est une denrée relativement rare pour un homme, il faut économiser la chose.

Alors on passe du temps, énormément de temps à fouiller les innombrables catégories que nous offrent les dealers de porn qui ont pignon sur web, pour trouver, enfin, la vidéo ultime, celle qui  taperait dans le mille, qui enflammerait la quintessence du nerf érotique. Il faut rentabiliser l’orgasme.

Qu’est-ce que cela dit de nous ?

Parce qu’entendons-nous bien, le type qui se fait sa petite masturbation en 5 minutes, ce n’est pas de lui que je parle. Lui, il a un rapport « sain » au plaisir solitaire. Mais y passer des heures, ça c’est autre chose.

Et bien pour moi, la recherche de l’orgasme ultime, ce n’est pas un acte de masturbation. La masturbation, c’est juste « le plaisir solitaire ». C’est une petite gâterie que l’on s’offre à soi-même après, ou avant une dure journée. Rien de bien mal à cela, en tous cas selon moi. Certains parleraient d’hygiène de vie.

Et c’est bien là ce qui est difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas addicts au porno, pour ceux qui en consomment de façon occasionnelle, sans y passer 3 heures. C’est aussi ce qui est difficile à voir pour ceux qui se posent des questions quant à leur consommation. Parce que quand on se pose des questions sur sa consommation de porno, c’est un signe, le signe que l’on consomme déjà trop. Mais on ne veut pas encore le voir. On se dit que « tout le monde le fait », on se dit qu’  « il n’y a pas de mal à se faire du bien ». Bref, on se raconte l’histoire habituelle sur l’innocuité de la masturbation. On se rassure. Et puis pour enfoncer le clou, on se dit qu’il ne faut pas être victime de la morale bourgeoise et religieuse, soyons libéré. Dont acte, il n’y a plus qu’à retourner se branler.  Mais le problème, c’est que la recherche de l’orgasme parfait n’a rien à voir avec la masturbation. 

Et pourtant, me direz-vous, l’acte n’est-il pas le même ? N’est-ce pas un mouvement de va-et-vient, accompagné d’un défilé d’images érotiques dans la tête ou sur un écran ? Alors qu’est-ce que cela change ? Ce que ça change, cher lecteur, c’est l’intention.

Quand on cherche l’orgasme parfait, on ne chercher pas juste à « se faire du bien », ou se payer « un moment à soi ». Non. En vérité, on cherche plutôt à fuir, et c’est soi-même que l’on veut fuir. Ce soi-même, si alourdi de contraintes, si englué de stress, si embarboté dans ses insécurités. C’est à cela que l’on veut s’arracher.

L’expression anglaise pour dire « se défoncer » dit beaucoup mieux que le français ce qu’est le flash visé par le drogué : « Get high ». C’est-à-dire : « aller haut ». N’est-ce pas cela que l’on cherche dans l’orgasme parfait ? Aller le plus haut possible, pour s’oublier complètement.  Rien à voir donc, avec un moment à soi. Sous la similitude de l’acte masturbatoire, l’intention est donc toute différente, et révèle que notre rapport à la masturbation est en fait de type toxicomane.

Nan mais y a pas de mal à se faire du bien.

Vous êtes sceptique ? Et bien réfléchissez alors à ceci. Avez-vous jamais atteint l’orgasme parfait ? Si vous êtes honnêtes, vous savez bien que nous ne l’avez pas plus trouvé que vous n’avez trouvé la vidéo parfaite. Malgré des millions et des millions de vidéos, cette dernière n’existe pas. De même, l’orgasme parfait n’est qu’une idée. L’équivalent de ce qu’est, pour l’âne, la carotte accrochée au bout du bâton qui le fait avancer.

Et je crois même qu’il s’agit d’un indicateur fort permettant de déterminer si votre consommation de pornographie et/ ou masturbatoire est problématique. Si vous en êtes venus à chercher l’orgasme parfait, ne cherchez plus : vous êtes accro.

D’ailleurs, les toxicomanes parlent du « flash« , cette vague de plaisir intense qui déferle brusquement dans leurs nerfs et qui durent plusieurs secondes, lorsqu’ils se plantent une seringue dans le bras ou qu’ils allument une pipe de crack. le « flash » ultime. Leur témoignage est intéressant, car ils disent eux aussi rechercher toujours le flash ultime. Et c’est parce qu’ils ne l’atteignent jamais vraiment qu’ils recommencent.

3 commentaires

  1. Le lien « contact » ne fonctionnant pas, j’écris ici ma gratitude. Je parcours ce blog depuis quelques semaines, c’est fou comme je me retrouve dans tous ces écrits. Bien plus vrai qu’un reflet dans le miroir, comme souvent une peinture fait mieux ressentir la réalité qu’une parfaite photographie, ces expériences sont universelles pour les éclopés que nous sommes … merci de vos écrits, ils pansent nos écorchures.

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