Travailler sur soi pour se libérer du porno ?

J’ai remarqué que souvent, les gens qui font « un travail sur soi », comme on dit, se servent de ce travail comme d’un prétexte pour procrastiner.

C’est triste, mais bien souvent, le travail sur soi permet surtout d’éviter le vrai travail: celui qui consiste à renoncer au plaisir, et à entrer dans la pénibilité.

Parce qu’aller voir un psychothérapeute, en fait, c’est pas bien pénible. Certes, il faut payer. Mais justement, moi qui ai vu un nombre incalculable de psys, j’ai remarqué un effet pervers: la mentalité de consommateur.

Je paie, donc, je me dis que ça y est, j’ai fait ma part. De la même manière que quand je paie mon assurance habitation, je suis tranquille, et bien quand je paie le psy, je suis tranquille. J’ai mon assurance bonheur.

Pas tout de suite, bien sûr. Mais ça va arriver. Le bonheur arrive bientôt, puisque je paie un psy. Le problème, c’est que dans ce cas, « travailler sur soi » signifie alors « consommer de la thérapie ». Et c’est très déresponsabilisant.

Je consomme, donc je « travaille sur moi »

Dans les multiples thérapies que j’ai suivies (car oui, je suis un polytraumatisé), il y en avait notamment une qui était une thérapie de groupe. C’est-à-dire qu’on était un certain nombre à nous réunir toutes les semaines chez le psy, et les interactions entre nous étaient censées être la base de la thérapie. C’était intéressant.

Il y avait dans ce groupe une fille qui était vraiment en surpoids important. Elle était convaincue que c’était pour oublier son angoisse qu’elle s’était laissé aller à trop manger et qu’elle avait tant grossi.
C’était sans doute vrai, d’ailleurs. On ne mange pas sans raison. On ne se remplit pas sans raison. Et quand je me goberge de porno, je sais bien que j’essaie de soigner une sorte d’infirmité fondamentale en moi. Je comble un manque.

Je suis désolé d’écrire ce qui suit, mais j’ai pu constater que ses années de thérapie ne lui ont pas fait perdre un gramme.

C’est triste, mais c’est logique : elle remettait le régime à plus tard. Pour après sa thérapie.
Pour quand elle aurait découvert son moi profond. Et bien sûr, on ne se lève jamais un matin en se disant « mais c’est bon sang bien sûr ! Je viens de découvrir mon vrai moi ! ».
Non, cela n’arrive pas.

Elle se disait qu’en travaillant sur elle, elle allait soigner ce qui n’allait pas en elle, et alors elle pourrait enfin faire un régime. Sans ce « travail sur soi », le régime, selon elle, était inutile, puisqu’elle ne trouvait pas la force intérieure de le faire perdurer.
Le fait qu’elle mange beaucoup trop avait une signification, qu’il fallait d’abord découvrir.
Et elle venait donc sagement travailler la signification en thérapie. Et en attendant, elle bouffait.

A mon avis, elle « travaillait sur elle » pour différer la vraie difficulté, qui était de se coller au régime. Elle procrastinait. Des tonnes de gens font ça, toute leur vie.

Un homme travaillant sur lui pour éviter de travailler

Donc, il vaut mieux faire l’inverse : d’abord cesser le comportement addictif. Ce qui est très dur.
Parce que là, comme vous savez, on est en manque.
Et le problème, quand on se dit « m’en fous, je vais faire une thérapie, comme ça j’irai mieux et ça sera plus facile d’arrêter le porno », c’est qu’on fait comme cette fille que j’évoquais.
On fuit la pénibilité. On procrastine. Et pendant ce temps là, hop, un peu de porno.
On peut passer toute sa vie à se goinfrer de porno (ou de chocolat, ou d’alcool, etc.) tout en travaillant sur soi pour arrêter.


En fait, il n’y a vraiment pas d’échappatoire. Il faut rentrer dans la douleur.
Et se servir de cette difficulté et de la souffrance qu’elle occasionne pour se creuser soi-même.
C’est là que le travail avec un psy porte des fruits.

Pour ma part, je vois bien que lorsque j’arrête le porno suffisamment longtemps, ça fait remonter des tonnes d’angoisse. Ces fameuses angoisses fondamentales que j’évite en ayant recours au porno. Je ne parle pas des fameuses triggers, mais bien de l’angoisse de vivre tout au fond de moi.

Et donc, je peux travailler dessus, enfin.
J’accède à ses angoisses, justement parce que le porno ne fait plus barrage. J’ai du champ libre.
Paradoxalement, je suis plus heureux.

Bien sûr, s’il n’y a que de la douleur, ça ne va pas jamais marcher non plus.

Non, à long terme, ça ne va pas marcher, ça…


Il faut absolument remplacer la source de plaisir (le porno, le chocolat), par une autre source de plaisir et de joie.
Trouver sa chère petite dopamine ailleurs. Ce n’est pas facile, parce que contrairement à la goinfrerie, trouver de la dopamine à l’état naturel et en respectant son organisme, cela suppose toujours un effort. Mais alors, non seulement on a la dopamine, mais aussi la fierté. Tout le contraire de la goinfrerie de porno ou de chocolat qui n’apporte que honte de soi.

Pourtant, ne nous leurrons pas : il y aura des moments vraiment durs, vraiment souffrants. Aucune thérapie ne pourra les faire disparaître. Ce n’est pas négatif de dire cela. C’est juste un fait. Se libérer suppose de sacrifier quelque chose.
C’est pour cela, je crois, que les Alcooliques Anonymes disent que la première étape est de reconnaître son impuissance. Cela signifie que pour eux l’alcool est le plus fort: ils ne pourront pas être aussi « bien » sans lui. Ils sont impuissants à créer les propres sources de son bonheur. Des fois, on va avoir très mal. Il y a un deuil à faire.

Mieux vaut le savoir quand on démarre un travail sur soi.

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