Nous, les hommes-femmes

Connaissez-vous le mythe des Androgynes ? Il s’agit d’un mythe grec, très inspirant.

Ce mythe figure dans un texte de Platon. Il raconte qu’il fut un temps où il existait « trois espèces d’homme, et non deux. » En plus de l’homme et de la femme, il y avait « les androgynes ». Cette espèce, dit le texte, était un être avec un côté homme, et un côté femme, collés l’une à l’autre au niveau du dos.

Cela ressemblait à ça.

Alors oui, je vous l’accorde, c’est un peu moche.

Mais sachez tout de même que selon Platon (enfin, selon Aristophane en fait, cité dans le texte de Platon, mais passons), les androgynes :

« étaient aussi d’une force et d’une vigueur extraordinaires, et comme ils avaient de grands courages, (…) ils tentèrent d’escalader le ciel pour attaquer les dieux. »

Ça donne plus envie déjà.
Mais en fait, Zeus en fut irrité, et il décida de se venger, en affaiblissant les androgynes.
Ainsi furent-ils coupés en deux.

Chaque « face » devint alors un homme, et une femme, qui étaient maintenant séparés, à tout jamais.
C’est par nostalgie pour cet âge d’or où l’homme et la femme étaient unis, qu’ils passent leur vie à chercher leur âme sœur aujourd’hui.

Joli non ?

Ce qu’il y a de marrant, c’est qu’on trouve ce mythe à peu près partout dans le monde.
Jacques Lacarrière rappelle, dans son livre « Au cœur des mythologies », affirme que cette figure de l’androgyne,

On la retrouve chez presque tous les peuples : les Iraniens (avec Gayomart), les Indiens (avec Purusha), les Hébreux eux-mêmes car, d’après certaines traditions rabbiniques, Adam était lui-aussi une créature androgyne[…], il était homme du côté droit et femme du côté gauche mais Dieu l’a fendu en deux moitiés.

Des fois, je me dis que mon autogynéphilie, ce fantasme érotique d’être une femme, dont je parle souvent sur ce blog, est un lointain écho de cet état.
Que si je parviens à faire la paix avec cette part de moi, à la laisser vivre, sans tout flinguer à coup de porno, alors moi aussi j’aurai « une force et une vigueur extraordinaire ».

Une fois, je témoignais de mon fantasme autogynéphile dans un groupe de parole de dépendants sexuels et affectifs.
Une femme est venue me voir à la fin de la réunion, et me dit : « Quelle chance tu as ».
J’étais très étonné, car moi, l’autogynéphilie, je le vis mal.
Et elle continue « Tu as accès à ta part de féminité. Il y en a qui se battent toute leur vie et qui n’y arrive jamais. »

Effectivement, vu comme ça…
Je crois qu’elle m’avait vu comme un androgyne.

J’ai récemment appris dans cet article sur Slate que chez certaines ethnies amérindiennes « il existait non pas deux, mais cinq genres : hommes masculins, femmes féminines, hommes féminins, femmes masculines et transgenres. Une fluidité qui assurait, à ceux et celles à qui elle échoyait, des dons de shamans, guérisseurs, organisateurs ou artistes respectés. »

Je me verrais bien « homme féminin ».
D’autant qu’une carrière de shaman-artiste ne serait pas pour me déplaire.

Ce n’est pas encore à l’ordre du jour, cependant.
Car moi, ma part féminine, elle me bouffe, je ne l’ai pas intégrée.
Elle et moi vivons effectivement dos à dos : quand elle est là, mon moi masculin n’est plus là. Et vice versa. « Tu me vois tu me vois pas ».  Elle est mon ombre, et je suis la sienne.

Une fois, on m’a une fois tiré le tarot sur ce sujet. A l’emplacement qui devait représenter ma part d’ombre, c’est le XV, la carte du Diable, qui est sorti.

Or, dans le tarot, le Diable est une figure saisissante : un homme cornu, dont on voit le pénis, vous regarde droit dans les yeux en tirant la langue. Détail curieux : il a des seins.
L’interprétation classique qu’on donne à cette carte, c’est la transgression des normes.
Et notamment, les comportements compulsifs, et les addictions.
Pour quelqu’un qui vit comme une addiction son rapport à la pornographie et à l’autogynéphilie, tirer cette carte avait quelque chose de prémonitoire, non ?

« Hello world ! »

Ce n’était pas la première fois que la carte du Diable me visitait. La première fois, j’avais 15 ans.
J’ai subi un viol cette année. Par un inconnu.
Or, je ne voulais pas dire mon secret à mon meilleur ami d’alors, ce qu’il prenait mal.
Il m’a proposé un défi : il demanderait à sa mère, qui tirait le tarot, de deviner mon secret (on est con quand on est gosse).
J’ai accepté et la semaine d’après il est revenu et m’a dit : « Ma mère a tiré une carte avec un diable qui a des seins. » Et dans un souffle, parce qu’il était monstrueusement gêné, il a ajouté « ça voudrait dire, genre, que t’aurais subi des attouchements sexuels ».

La veille du viol, j’avais fait un rêve étrange : j’étais violé.
Subtilité d’importance, dans mon rêve, le violeur, c’était moi-même.

Je ne sais pas bien quoi faire de toute cette histoire d’androgyne, de Diable autogynéphile, de viol et de rêves shamaniques.
Je suppose que je suis né au centre d’une conjonction de liens très étranges, et que le monde est un endroit bien mystérieux….

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