Le chemin vers la maîtrise de la sexualité

Il y a des gens qui affirment que le bonheur, ça tient au sentiment qu’on a de maîtriser sa vie.
Plus je contrôle, plus je me sens le capitaine de mon navire, et plus je serai heureux.
C’est une manière de voir séduisante.
Ça résonne très bien avec notre époque, où chacun est censé être l’entrepreneur de sa vie.
D’ailleurs, rien n’est tant valorisé aujourd’hui, que le personnage de l’entrepreneur, le self-made-man.

Mais pourtant…

Que pense de lui-même le cadre dynamique, vêtu d’un costume bien coupé et d’une sérieuse cravate, lorsqu’il visite une prostituée dans le dos de son épouse ?
Et lorsque, se déshabillant chez celle dont il loue les services, il révèle ses propres jambes à lui, emmaillotées dans d’affriolants porte-jarretelles ?
Contrôle-t-il ?
Joue-t-il innocemment avec les aspects les plus pimentés de son identité sexuelle ?
Ou est-il contrôlé ?  
Certaines prostituées témoignent. Elles disent que les gens qui sont le plus dans le contrôle – les hommes de pouvoir par exemple – ont parfois besoin d’être dominé à leur tour.
De perdre le pouvoir.

Et, à un niveau plus grave, combien de personnes de pouvoir subissent-t-elles le pouvoir de leur sexualité, comme des esclaves ?
Combien y en a-t-il, tel Dominique-Strauss Kahn, qui vont jusqu’à tout perdre pour leur sexualité ?
Est-ce vraiment un choix ? un jeu ? Une addiction ?
Tel est contrôlé qui croyait contrôler.

Et encore, avec Nicolas Cage, ça reste toujours élégant.

Pour me rétablir de mon addiction à la pornographie, et au fétichisme autogynéphile, je fréquente les groupes de parole DASA.
Ils sont conçus sur le même principe que les Alcooliques Anonymes.
C’est un programme en 12 étapes, assez marqué par la spiritualité, mais qui s’adapte aisément aux personnes athées.
Et la première étape de ce programme, c’est de reconnaître ceci  : « Nous avons admis notre impuissance devant notre maladie ».
La maladie, c’est comme ça qu’on appelle l’addiction, que ce soit chez les alcooliques ou chez les sex-addicts.
Et donc, notre première vérité est : « Je suis impuissant face à l’addiction ».

Le programme en 12 étapes stipule qu’il est fondamental de comprendre son impuissance, de l’accepter pleinement, si on veut enfin se rétablir.
On affirme aussi que refuser cette première vérité, c’est mettre la folle volonté de l’égo aux commandes.
Et c’est une profonde erreur, car réfléchissez-y : c’est cet égo justement, qui nous a amené dans l’addiction. 
Alors, il faut s’en défaire : abdiquer cette malsaine volonté, et admettre son impuissance.

C’est moche, hein ?

Vous ne pouvez pas savoir à quel point cette « vérité » me met mal à l’aise.

Parce que c’est quand même tout le contraire de ce qu’on attend de quelqu’un qui pilote sa vie, n’est-ce pas ?
L’impuissance, c’est tout le contraire de ce qu’on attend d’un homme responsable et adulte.
On comprend mal comment admettre une soi-disant impuissance peut mener, à plus ou moins long terme, à assumer ses responsabilités, à redevenir libre.
Et effectivement, j’ai vu beaucoup d’addicts utiliser l’idée de l’impuissance, pour s’affranchir de toute auto-discipline. L’impuissance devient alors une excuse.
Leur discours est : « oui, j’ai encore été sur du porno / voir une prostituée / pris de la drogue / etc. C’est normal, parce que je suis impuissant. J’accepte la première étape. »
Avec cette logique folle, on pourrait dire que plus je consomme du porno, plus je m’imprègne de la vérité de l’impuissance. Donc, plus je consomme du porno, plus je me rétablis.
Autant vous dire que ceux qui raisonnent ainsi ne se rétablissent que sur des temps géologiques.

Mais pourtant, il existe, à mon avis, une bonne compréhension de ce qu’est l’impuissance.
Une compréhension très fertile, très bonne, très saine.
Une compréhension qui effectivement, est nécessaire au rétablissement.
Qu’en est-il ? Comment utiliser ce concept d’impuissance pour se rétablir ?
Voici mes pistes.

On ne se rétablit pas de l’addiction tout seul.
Sincèrement, c’est impossible.
Je sais, on serait si fier de s’en sortir tout seul. Car on serait un « self-made man ».
Seulement, voilà : ça ne marche pas.
D’ailleurs, le self-made man n’a pas appris à écrire, lire et compter tout seul.
Quand il était malade, il ne s’est pas soigné tout seul.
Bref, le self-made-man ment : il ne s’est pas fait tout seul.
Eh bien, pour se sevrer de la pornographie, c’est pareil : on ne peut pas y arriver tout seul.
La honte de soi, celle qui est liée à la consommation de porno excessive, il faut l’exorciser pour s’en sortir. Et pour cela, la reconnaissance par les autres est indispensable.
Tout seul, je suis impuissant.
Dans un groupe de parole, je redeviens puissant, « un jour à la fois » comme on dit.
Un groupe de parole, un thérapeute, un ami de confiance… Parce que c’est hyper important de pouvoir se confier pour quitter cette merde.

Rassurez-vous, vous serez toujours bien reçu dans un groupe de parole

On ne se rétablit pas en disant « allez, juste une fois ».
Il n’y a pas de compromis possible avec l’addiction.
Une fois qu’on est addict, on a perdu un pouvoir fondamental, qu’on possédait pourtant dans le passé : le pouvoir de consommer un tout petit peu.
Ça, c’est fini.
Je ne peux pas consommer du porno juste 15 minutes, « juste une petite branlette », comme beaucoup d’hommes.
Je ne peux plus. J’avais ce pouvoir avant, mais ça, c’était avant : avant de tomber addict.
Il faut vraiment faire le deuil de cette option.
C’est le prix paradoxal pour redevenir libre : abdiquer la liberté de consommer.
En d’autres termes : je suis impuissant à consommer un petit peu. J’ai perdu ce choix-là, à jamais. J’ai donc moins de liberté d’action que les autres. C’est en ce sens que je suis impuissant.

Y a pas de « juste un verre » qu’on est alcoolique. Le porn, c’est pareil.

Enfin, on ne se rétablit pas en mode « chef de projet ».
Le temps du rétablissement ne m’appartient pas.
Je ne peux pas tracer sur un tableau le schéma de mon rétablissement.
Je ne peux pas décider par avance de son architecture. Je ne peux pas « piloter » le projet.
Parce que je ne suis pas un produit, et que le rétablissement se fait un jour à la fois, pas plus. Cela veut dire aussi qu’il y aura des problèmes.
Non seulement la vie est beaucoup plus imprévisible que tout ce que je peux en concevoir, mais mon monde intérieur, c’est pareil.
Je ne me suis pas créé moi-même, et toutes sortes de forces plus ou moins inconscientes participent à gouverner mon petit navire.
Chacune d’elle a sa temporalité propre, ses attentes propres. Il va falloir synchroniser tout cela.

Donc, des fois, je vais me décevoir.
Des fois, alors que je me sentais un vrai winner, je vais déraper, rechuter.
C’est comme ça.

Bien souvent, le rétablissement ressemble à ça.
Never give up


Mais alors, me direz-vous, n’est-ce pas justement se donner la fausse excuse de l’impuissance, pour se donner le droit de consommer du porno / des prostituées / de la drogue ?

Ça peut, oui.
C’est une question de jugement, et de connaissance de soi.
Je crois qu’au bout d’un moment, on sait mieux qui on est, et quand on triche moins, mais ça ne sera jamais complètement clair.
Car nous sommes des êtres obscurs, peu transparents à nous-mêmes.
Mais nous sommes aussi des êtres de choix. Un choix, par définition, est douloureux.

J’aime bien ce dicton américain :

« Hard choice, easy life. Easy choice, hard life. »

Ah, ces Américains, et leur mythe du self-made man…
N’empêche, ils ont réussi à bâtir un grand pays sur ce mythe.
Il est vrai qu’ils s’y sont mis à plusieurs.
En d’autres termes, ils ont reconnu, à un moment donné, que tout seul ils étaient impuissants.

Et d’ailleurs, c’est eux qui ont inventé les groupes de parole d’entre-aide aux addicts.

Même les super-héros s’y mettent à plusieurs

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