L’addiction à la pornographie

Je crois qu’il n’est plus vraiment besoin de faire la preuve que le sexe, et notamment la consommation de contenus pornographique, peut devenir une addiction. Concernant l’addiction au sexe, il est vrai qu’elle est encore débattue par la communauté scientifique, et les professionnels de santé préfèrent parler de sexualité compulsive plutôt que d’addiction sexuelle. Ma vie sexuelle étant plus que plate, je ne jugerai pas ce qu’il en est, et me concentrerai sur l’addiction à la pornographie.

Représentation non-métaphorique de ma vie sexuelle

Sur l’addiction à la pornographie, la terminologie est encore plus débattue. Beaucoup de professionnels de santé préfèrent voir dans la consommation pornographique excessive le symptôme d’un mal plus profond, et peinent à y voir un mal en tant que tel, et donc à la qualifier d’addiction. J’avoue m’être souvent demandé si cela ne viendrait pas du fait, par hasard, que eux-mêmes en consomment, auquel cas nous aurions là un joli spécimen de déni.

Pour ma part, il est certain que la pornographie est addictive. L’absence de satiété après l’orgasme, la nature obsessive et hallucinatoire du défilé d’images pornographiques dans ma tête quand je me sens « en manque », l’asservissement de mes pensées les plus raisonnables, qui alors se mettent à justifier le passage à l’acte, et l’inéluctabilité de celui-ci, qui m’attire comme un trou noir engloutit tout ce qui passe à la portée de son champs gravitationnel, la tragique perte de liberté que je ressens alors… Oui, sans nul doute, je suis accro à la pornographie.

Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une pratique donnée puisse devenir une drogue, même en l’absence de produit stupéfiant, puisque ladite pratique génère elle-même de nombreuses hormones, certes naturelles, mais dont la structure chimique est assez proche de produits stupéfiants, selon les scientifiques. Ainsi, la dopamine, par exemple, est produite en grande quantité dans le cerveau d’un homme ou d’une femme s’exposant à de la pornographie, et cette hormone serait relativement proche, chimiquement, de la cocaïne. La dopamine est l’hormone qui nous fait vouloir. Elle intervient dans l’excitation, en agissant dans le cerveau sur un groupe neuronal nommé « circuit de la récompense ». Ce groupe neuronal a pour fonction de nous faire ressentir l’excitation, afin de nous motiver à obtenir ce que nous voulons obtenir. Il nous récompense donc. Et il indispensable pour la bonne vie de l’organisme. Quand vous anticipez un bon moment avec votre chère et tendre, ou l’acquisition d’un objet convoité de longue date : dopamine. Quand l’enfant déchire le paquet cadeau sous le sapin de Noël : dopamine. Vous me direz : rien de problématique ici (encore que : le plaisir du shopping repose finalement sur cette petite molécule, et quand on pense aux impacts du shopping, du fast fashion, sur l’état de notre planète, cela laisse songeur, mais il est vrai que c’est un autre débat).

Pour revenir à la pornographie, lorsque l’on en visionne, notre cerveau produit de la dopamine en quantité industrielle. Le centre de récompense se trouve comme court-circuité par ses influx massifs de dopamine (et d’autres hormones associées), et il finit par en vouloir toujours plus, exactement comme dans le cerveau d’un cocaïnomane.

Moi, le vendredi soir, sur Pornhub

La comparaison n’est pas exagérée : je me soigne moi-même de cette addiction grâce à des groupes de parole, sur le modèle des Alcooliques Anonymes. Et bon nombre de porno ou sexo-dépendants viennent justement des Alcooliques Anonymes, ou encore des Narcotiques Anonymes. Bien souvent, ils ont réussi à mettre un terme à leur consommation de produits. Mais pas à celle de sexe ou de pornographie, qui vient bien souvent compenser l’arrêt du produit.

Il existe une multitude de sites pour savoir si vous êtes accro au sexe, comme sur Stopporn, ou sur Addict-porno ou encore sur l’excellent Orroz.

Pourquoi parler de porno-dépendance sur ce site ? Et bien j’ai acquis la conviction que la pornographie renforce les fantasmes, quels qu’ils soient, comme s’ils les dopaient. Les fantasmes troubles, ceux que vous acceptez mal, ou pas du tout, trouvent souvent leur exutoire dans la consommation pornographique. « Ce n’est pas grave, c’est virtuel » vous dites-vous peut-être. Sauf que la dopamine, dans votre cerveau, est tout à fait réelle. Et après quelques années, vos fantasmes troubles, qui composaient votre petite part d’ombre, ont fini par constituer un immense réseau de liens qui plongent leurs racines dans de multiples parties de votre psychisme, et qui le parasitent : pertes de motivation, perte du sens de dignité personnelle, voire dégoût de soi, telles sont les productions de ce parasite.

Moi et la pornographie. Un joli couple.

En ce qui me concerne, il est certain que l’autogynéphilie a pris une ampleur considérable au gré de ma consommation de pornographie. Lorsque j’étais préadolescent ou adolescent, elle ne venait me visiter, cette pulsion, qu’une fois de temps à autres. L’accès au haut-débit a enclenché sa croissance et accéléré sa fréquence. L’accès à l’indépendance, à la vie adulte avec mon propre appartement, en me permettant de consommer quand je le voulais sans m’inquiéter des mes parents, a encore décuplé sa prise sur ma vie, et je sais maintenant que contrecarrer la puissance du monstre que j’ai ainsi créé constituera le combat de ma vie.

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